Ma méthode de travail en prépa
Arrête de saboter ton travail
Il y a une mentalité qui plombe beaucoup de taupins — elle m'a plombé aussi. C'est l'idée que travailler sérieusement, ce n'est pas stylé. Tu as sûrement déjà croisé ça : des élèves qui se vantent de n'avoir rien appris — pas le vocabulaire d'anglais, pas les démonstrations de maths, pas de citations — souvent pour se donner un genre ou faire rire leurs potes dans la même situation. Le problème, c'est que ça ne rend service à personne, et surtout pas à eux.
Le jour du concours, il n'y a plus de mise en scène qui tienne. Si tu n'as pas appris ton vocabulaire, tu prends la note que ça mérite. Si ta dissertation contient les deux citations que tout le monde connaît depuis huit mois, apprises la veille, ça se voit. Même en maths et en physique, des démonstrations de cours tombent chaque année à l'écrit, y compris aux gros concours — connues de tous ceux qui ont pris la peine de les apprendre.
Une autre variante de cette mentalité consiste à négliger complètement la présentation de sa copie. Beaucoup de bons élèves ont été dégoûtés de la présentation soignée par des années de lycée où on valorisait la calligraphie plus que le fond. Mais en prépa (et après), une copie doit se lire comme un article scientifique : propre, structurée, avec des résultats encadrés et des séparations claires entre les questions. Le correcteur peut faire varier ta note de 10% selon l'impression générale que lui donne ta copie — autant que ce soit en ta faveur.
Le vrai problème, c'est que cette mentalité t'envoie en permanence des messages négatifs. Ce n'est pas drôle d'être en difficulté, ni de se sentir dépassé. Alors arrête d'en rire pour te rassurer, et commence à te parler avec un peu plus de respect. Tu as deux à trois ans à te donner. Ce sera plus simple, à la fin, d'avoir pris ce temps au sérieux que d'avoir cultivé l'échec pour faire style — d'autant que ceux qui trouvaient ça drôle ne seront plus là pour t'aider à encaisser une orientation par défaut : cette addition-là, tu la payes seul.
Le mode hyperfocus : la méthode de l'intérêt secondaire
Voici un des éléments clés de ma méthode de travail en prépa. Elle peut sembler bizarre au premier abord, mais ne la sous-estime pas : c'est elle qui m'a permis de travailler plus, avec beaucoup moins de coups de mou.
Le principe
On connaît tous cette capacité à s'absorber totalement dans un sujet précis, souvent pour des raisons qui semblent insignifiantes de l'extérieur — un jeu vidéo, une série, un hobby ultra-spécifique. C'est cette capacité de concentration presque obsessionnelle sur un détail que je veux détourner au profit du travail de prépa.
Prenons deux exemples pour illustrer : un passionné de vinyles capable de débattre pendant trois heures de la qualité d'un pressage particulier plutôt que d'écouter simplement la musique. Ou un joueur d'échecs amateur qui passe des semaines à étudier une ouverture obscure des années 1970, plus par curiosité que par utilité réelle en partie. Dans les deux cas, l'objectif affiché est presque devenu secondaire par rapport au plaisir pris dans le détail.
Comment l'activer
On note O l'objectif réel (par exemple : réussir le concours). Trois ingrédients permettent d'enclencher ce mode de concentration intense :
L'intérêt (I). Il faut trouver, dans la tâche à accomplir, un aspect qui t'intéresse vraiment — même s'il paraît secondaire ou insignifiant aux yeux des autres. Plus il semble insignifiant, plus il peut devenir un moteur puissant, justement parce qu'il devient un plaisir en soi plutôt qu'une contrainte.
L'exagération. Pour atteindre le niveau requis par O, il faut viser plus loin que nécessaire. C'est ce qui déclenche vraiment ce mode de concentration : ton cerveau n'est plus focalisé sur l'objectif (potentiellement stressant), mais sur la maximisation de I, qui est plaisant.
Rester dans sa bulle. Cette méthode est volontairement un peu absurde : on veut atteindre O, mais on laisse I devenir la motivation principale, au point de perdre presque O de vue — pour finalement le dépasser. Si tu te laisses décourager par des amis qui trouvent ça bizarre, tu n'arriveras jamais à activer ce mode.
Application concrète en prépa
Ce mindset est déjà courant, souvent inconsciemment, chez les meilleurs élèves en maths ou en physique. Mais c'est dans les matières moins appréciées qu'il devient le plus rentable pour creuser l'écart — les langues, en particulier. C'est exactement ce qui m'est arrivé, sans m'en rendre compte au début, pour passer d'un rejet total de l'anglais et du français à un vrai investissement dans ces deux matières.
J'ai commencé par l'anglais. On devait apprendre toutes les quatre semaines une liste de 80 mots tirés d'un manuel de vocabulaire. Pendant les sept premiers mois de l'année, je m'y prenais la veille, sans vraiment les apprendre. Résultat : des notes qui tournaient autour de 3/20, et à l'époque, ça ne me dérangeait pas plus que ça.
Le déclic est venu en comprenant qu'il fallait vraiment maîtriser l'anglais pour réussir les concours (mon O). J'ai commencé à apprendre du vocabulaire sérieusement, grâce à Anki. Mais surtout, j'ai pris un malin plaisir à apprendre des mots franchement inutiles pour les concours — parce que je les trouvais beaux ou amusants. Ce détour par un intérêt secondaire, complètement décorrélé de l'objectif initial, m'a fait apprendre bien plus de vocabulaire que nécessaire, presque sans effort perçu. Résultat : une vraie progression en colle et à l'écrit, de notes autour de 3/20 à des résultats autour de 15/20.
J'ai refait la même chose en deuxième année pour apprendre mes citations de français (méthode complète dans l'article sur la dissertation) : au lieu d'apprendre le strict minimum de citations utiles, j'en apprenais beaucoup plus que nécessaire, y compris de longs passages, simplement parce que j'y trouvais un plaisir esthétique indépendant de la dissertation.
Plus fort, plus longtemps
Cette approche, plus qu'une méthode, est un état d'esprit un peu paradoxal : une stratégie de travail qui n'est absolument pas optimisée pour l'objectif final permet pourtant d'atteindre un meilleur niveau que si on avait visé cet objectif directement — parce qu'elle assure une constance et une endurance de travail que la seule volonté ne peut pas fournir. C'est un peu l'idée du dicton : il faut viser la lune pour atterrir dans les étoiles.
Deux carnets pour organiser sa progression
Si tu n'as jamais aimé les fiches Bristol et que toute forme d'organisation te semble étouffante, cet article risque de te surprendre. Pourtant, tenir deux carnets simples est l'un des outils d'organisation les plus efficaces que j'ai utilisés en prépa — et une bonne organisation, c'est directement de la progression, de la discipline et du temps gagné.
Précision avant de commencer : un carnet ici, c'est juste un cahier basique, le genre qui coûte deux euros.
Premier carnet : la planification
Ce premier carnet fonctionne comme un agenda simple. Tu inscris le jour concerné (la veille ou quelques jours avant), puis tu listes au fur et à mesure les tâches que tu veux accomplir ce jour-là. Une fois une tâche faite, tu la coches.
L'intérêt est multiple : tu n'oublies plus rien, notamment les petites tâches (ranger sur Anki les fautes de la dernière colle d'anglais, retravailler un point mal compris en cours de maths...) qui, accumulées, font une vraie différence sur la durée. Tu libères aussi ton esprit des pensées qui te rappellent en boucle ce qu'il reste à faire, ce qui te permet de te concentrer sur la tâche présente plutôt que sur celle de demain. Enfin, cocher les tâches accomplies active un vrai système de récompense qui valorise ton travail — bien plus utile que le défilement passif des réseaux sociaux.
Second carnet : les points à revoir
Ce deuxième carnet regroupe tout ce que tu croises et qui mériterait d'être approfondi : une propriété de maths mal comprise, une expérience de physique, un exercice à refaire, une notion de grammaire anglaise, une technique de calcul à ajouter sur Anki... Ça peut même être un film ou un livre à voir pour la culture générale.
Comment utiliser ces carnets
Une fois que tu as ces deux cahiers, garde-les dans ton sac en permanence, et surtout en cours. Dès qu'une idée à noter te traverse l'esprit, sors le carnet et écris-la : ça évite de l'oublier, et ça te permet de rester concentré sur ce que tu es en train de faire. N'aie pas peur d'avoir l'air un peu appliqué en sortant ton carnet en cours — dans un an ou deux, tu auras surtout l'air d'avoir réussi ta prépa.
Réussir sa dissertation de français grâce à Anki
Le français est sans doute la matière où j'ai le mieux compris comment progresser. Ça s'est traduit par de bons résultats à l'écrit : 20/20 et 16,5/20 à Mines et Centrale (en 3/2 puis 5/2), 18,5/20 en 5/2 encore. Aux ENS, ça a moins bien fonctionné pour des raisons que je n'ai jamais totalement identifiées (11/20 puis 8,5/20, avec un vrai souci de gestion du temps). Je précise que je ne me considère pas comme particulièrement doué en français : 12 au bac de français, 8 en philo, plutôt faible en sup. Ce qui a fait la différence, c'est un travail sérieux, curieux et régulier.
Un conseil avant de commencer : ne travaille pas les œuvres au programme dès la sup, concentre-toi sur le résumé, la culture générale et la méthode. Ceci dit, lire les livres reste toujours utile pour suivre le cours dans de bonnes conditions.
Le travail de l'été
Il faut s'y mettre dès l'été : lire les œuvres au programme, mais pas passivement. Souligne toutes les citations et passages qui pourraient te servir en dissertation, en lien avec le thème de l'année. Ce travail préliminaire t'oblige déjà à réfléchir aux enjeux du thème.
Pour l'œuvre la plus philosophique des trois, prends aussi des notes paragraphe par paragraphe : explique les idées et le raisonnement avec tes propres mots. Ça aide beaucoup à comprendre ce genre de textes, écrits par des auteurs qui pensent parfois qu'une pensée alambiquée est plus intéressante qu'une pensée claire — et souvent, leur raisonnement se révèle plus fragile qu'il n'y paraît. Ensuite, reporte les citations intéressantes dans un document organisé par thème, une page par œuvre.
Travailler les citations pendant l'année
Après ce travail d'été, la suite se fait à partir de la Toussaint, une fois que tu as eu quelques cours pour mieux cerner les notions. L'étape la plus formatrice consiste à organiser le thème de l'année en plusieurs enjeux, eux-mêmes divisés en arguments. Par exemple, pour le thème « individu et communauté », l'enjeu de « l'appartenance » peut se décliner en plusieurs sous-angles : lien du sang contre lien social, poids de l'héritage, terre natale, aliénation...
Une fois ce travail fait, il ne reste qu'à choisir, pour chaque argument, une ou deux citations par œuvre. C'est là qu'Anki entre en jeu : prends un mot caractéristique de la citation, crée une carte avec ce mot au recto et la citation au verso, et range-la dans un paquet CITATIONS::[thème]. Ajoute éventuellement une figure de style ou un commentaire, ça sera valorisé à l'écrit.
CITATIONS::[thème].Fixe-toi un rythme tenable — quelques citations par soir en vacances, une session par semaine en période de cours — pour arriver aux vacances de février avec 120 à 150 citations bien maîtrisées, sans les avoir vu passer. L'idée clé : un peu chaque jour, plutôt que tout apprendre juste avant le DS.
Cette organisation en deux temps n'est pas un hasard : donner une thèse d'auteur qui argumente en faveur d'une idée, puis illustrer cette thèse avec une œuvre (littéraire, cinématographique...), voire deux si le temps le permet, est la manière la plus élégante et la plus vivante de mener chaque sous-partie de la dissertation orale. C'est exactement la logique derrière les paquets CITATIONS (les œuvres) et THÈSES (les idées) de mon Anki de français.
Travailler les idées pendant l'année
Avoir des citations, c'est utile mais insuffisant pour les concours les plus exigeants. Il faut aussi la méthode (plutôt le rôle de ton professeur), la connaissance fine des œuvres, et une vraie réflexion personnelle sur le thème.
Sur les œuvres : mets sur Anki tous les éléments importants vus en cours (vocabulaire spécifique, personnages, contexte historique, biographie des auteurs...). Sur les idées : apprends sur Anki les définitions précises des concepts clés liés au thème. Comprendre intuitivement un concept comme « la justice » ou « le bonheur » ne suffit pas : il faut pouvoir le définir avec précision, ce qui est indispensable en introduction de dissertation — et ça affine aussi ta propre réflexion. Note également les références extérieures aux œuvres au programme que tu croises au fil de l'année (utiles pour les Mines et indispensables pour les ENS) : associer une citation extérieure à une idée te permettra de construire des plans beaucoup plus rapidement le jour de l'épreuve.
Progresser en anglais en prépa quand on part de loin
Progresser en anglais en prépa est compliqué pour plein de raisons : le manque de temps, les priorités données aux matières scientifiques, des cours pas toujours à la hauteur, le manque d'intérêt pour la matière...
De mon côté, j'ai commencé la prépa avec un niveau catastrophique, à l'oral comme à l'écrit : des notes entre 3 et 7 sur 20. Avec une mentalité assez désinvolte, je m'en fichais complètement. Ce n'est qu'en fin de sup que j'ai compris qu'aux concours, tout se paye : les points sont là, les coefficients aussi, et les autres candidats ne te feront aucun cadeau sur tes points faibles.
C'est justement pour ça que même en partant de très loin, l'anglais peut devenir un vrai point fort : c'est un concours, il suffit d'être meilleur que la moyenne pour marquer des points. Beaucoup de candidats très concentrés sur les maths ne feront quasiment rien pour progresser en anglais (ni en français) — c'est l'occasion de prendre de l'avance sur ce terrain-là précisément parce qu'il est délaissé.
Comment faire concrètement
Ne compte pas uniquement sur tes cours d'anglais : capitalise sur ce temps en classe en participant un maximum, en testant à l'oral le vocabulaire fraîchement appris, en notant ce que tu maîtrises mal.
Mais la vraie clé de la progression, c'est un travail personnel régulier. Pour parler, il faut faire des phrases ; pour faire des phrases, il faut des mots. Donc : apprends un maximum de vocabulaire, aussi simplement que ça. Pour que cet apprentissage soit durable, on utilise évidemment Anki. Rien qu'en apprenant du vocabulaire, tu commences à pouvoir replacer des mots ou des tournures plus soutenues en cours ou en colle, et voir que ça fait son effet est une motivation en soi. Personnellement, j'ai pris beaucoup de plaisir à explorer l'étymologie des mots et leur construction — le genre de curiosité un peu poussée qui aide à tenir la discipline sur la durée (voir le mode hyperfocus).
Ensuite, travaille la grammaire de base, construis des phrases simples, et comprends les règles plus subtiles à partir des erreurs relevées par ton professeur en copie ou en colle. N'hésite jamais à demander des explications sur une faute : c'est littéralement le rôle du correcteur. Note tes erreurs récurrentes sur Anki, et fais systématiquement les exercices de synthèse ou d'opinion piece facultatifs, en temps réel, pour t'habituer au chronomètre et affiner ta relecture.
Cette méthode m'a permis de passer de colles entre 7 et 9 à une vraie constance entre 14 et 15, et de décoller à l'écrit d'une note autour de 5 à des résultats entre 13 et 14, parfois plus.
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Toutes ces méthodes s'appuient sur Anki. Autant partir avec le mien.
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